L’histoire du Taijiquan
Nouvelles découvertes dans le village de Tang : un éclairage sur les origines du Taijiquan
Les découvertes récentes dans le village de Tang, situé à une trentaine de kilomètres de Chenjiagou, apportent un nouvel éclairage précieux sur les origines du Taijiquan.
La compilation des textes anciens retrouvés permet aujourd’hui de retracer de manière assez précise les débuts de cet art. Au sein du Temple des Mille Années, entre le VIIe et le Xe siècle de notre ère, un moine du nom de Li Daozi, versé à la fois dans les arts martiaux, le taoïsme, le bouddhisme et le confucianisme, aurait mis au point une forme appelée « Boxe du Vide sans fin pour préserver la Santé » (Wuji Yangsheng Quan). Cet art fut transmis au sein de la salle du Taiji de ce temple jusqu’à Li Chunmao (1568–1666), auteur en 1590 du « Poème sur la pratique des Treize Mouvements », considéré comme le premier Traité des Treize Postures connu.
Fait marquant : les Classiques du Taijiquan que nous connaissons aujourd’hui, transmis par les familles Yang et Wu et jusqu’alors attribués à Wang Zongyue, semblent être en réalité des copies de ces textes originaux de Li Chunmao.
Un extrait de la généalogie des familles concernées mentionne que les deux frères Li Zong et Li Xing, ainsi que leur cousin Chen Wangting, «… ont commencé à pratiquer l’art du Taiji Yangsheng Gong, l’enchaînement des Treize Mouvements et de l’épée » dans ce même temple. Cela laisse penser que Chen Wangting (1597–1664) fut d’abord disciple du Temple des Mille Années, avant d’être élève de Wang Zongyue.
En parallèle, il est également probable que Chen Wangting ait été formé aux techniques martiales de Shaolin, ce qui expliquerait l’aspect plus militaire de certaines postures dans le style Chen.


The remains of the board with gold letters given to Li Helin by Wang Zongyue.
La lignée de la famille Li
La transmission du Wuji Yangsheng Quan se poursuit avec Li Zhong (1598–1689) et son frère Li Xin (1606–1644), qui l’apprennent de leur père Li Chunmao au Temple des Mille Années, dans le village des Tang. C’est par Li Zhong, à travers son petit-fils Li Helin (1716–1808), que la pratique se perpétue. Li Helin forme à son tour Li Yongda (1762–1851), ainsi que Wang Zongyue (~1740–?), longtemps considéré comme l’auteur des classiques, qui ne seraient en réalité que la transcription des enseignements de Li Helin et de son grand-père.
Le fils de Li Yongda, Li Libing, tenait un magasin de sel dans lequel furent retrouvés ces textes en 1852, un an après sa mort, par Wu Ruqing, le frère de Wu Yuxiang. Cette découverte semble marquer la fin connue de la lignée directe du Taiji Yangsheng Gong.
Chen Wangting, le style Chen, et la transmission
On peut désormais affirmer que Chen Wangting connaissait non seulement le Taiji Yangsheng Gong, mais également une ancienne forme du style Chen Xiaojia, qui incluait notamment les fameux poings canons (paochui). À partir de Chen Wangxing (1771–1853), apparaît un style plus structuré : le Chen Dajia, dont la forme ancienne des Treize Postures (probablement la Laojia Yilu) est transmise dans la famille Chen, mais aussi à deux disciples extérieurs : Li Bokui et Yang Luchan (1799–1872).
De retour à Yongnian (anciennement Guangping), Yang Luchan développe son propre style, puis enseigne à Wu Yuxiang (1812–1880).
Éléments pour étayer mes arguments (ci dessous): Comparaisons du cadre moyen Yang avec la Laojia Yilu, premier manuel de Taichi du style Yang, et ci dessous la liste des mouvements du style Taiji Yangsheng Gong et aussi de celui transmis par Wu Yuxiang.
Liste des mouvements – Forme de la famille Li (Li Chunmao).
(Traduction de Lars Bo Christensen)
- Position de départ
- Attraper la queue du moineau
- Simple fouet
- Lever les mains
- La grue blanche montre ses ailes
- Brosser le genou en position croisée
- Jouer du pipa
- Brosser le genou en position croisée
- Jouer du pipa
- Pas en avant, dévier, bloquer, coup de poing
- Sceller
- Le léopard et le tigre poussent la montagne
- Attraper la queue du moineau
- Attention au coup de poing sous le coude
- Repousser le singe
- Vol en diagonale
- La grue blanche montre ses ailes
- Brosser le genou et plier la jambe
- Aiguille vers le fond de la mer
- L’éventail s’ouvre dans le dos
- Simple fouet
- Attraper la queue du moineau
- Main nuage
- L’éclaireur haut monté à cheval
- Lever le pied gauche et droit
- Tourner le corps et coup de pied
- Pas en avant et coup de poing vers le bas
- Un tour sur soi et double coup de pied
- Coup de poing au corps et coup de pied
- Tourner le corps et coup de pied
- Pas en avant, dévier, bloquer, coup de poing
- Sceller
- Le léopard et le tigre poussent la montagne
- Simple fouet diagonal
- Le cheval sauvage sépare sa crinière
- Simple fouet
- La femme de Jade pousse la navette
- Simple fouet
- Main nuage
- Posture basse
- Le coq d’or se tient sur une jambe
- Repousser le singe
- La grue blanche ouvre ses ailes
- Brosser le genou en position croisée
- Aiguille vers le fond de la mer
- L’éventail s’ouvre dans le dos
- Mouvement vers l’avant
- Attraper la queue du moineau
- Simple fouet
- Main nuage
- L’éclaireur haut monté à cheval
- Croiser les mains
- Balayer le lotus
- Brosser le genou et coup de poing à l’entrejambe
- Mouvement vers l’avant
- Attraper la queue du moineau
- Simple fouet
- Posture basse
- Pas en avant et coup de poing de la grande ourse
- Pas en arrière par-dessus le tigre
- Un tour sur soi et balayer le lotus
- Bander l’arc et tirer sur le tigre
- Pas en avant et attraper la queue du moineau
- Double coup de poing
- Fin
Comparaison des noms de mouvements : Forme Li (famille Li / Li Chunmao) vs Forme Wu Yuxiang
Sources utilisées :
- Forme Li : d’après la traduction de Lars Bo Christensen du manuel de la famille Li (forme transmise dans le village des Tang)
- Forme Wu Yuxiang : d’après les archives connues du style Wu (Hao) Taijiquan, notamment les séquences de la “forme des 13 postures” (Shi San Shi)
| # | Forme Li (Li Chunmao) | Forme Wu Yuxiang / Wu (Hao) |
| 1 | Position de départ | Ouverture |
| 2 | Attraper la queue du moineau | Peng, Lü, Ji, An |
| 3 | Simple fouet | Simple fouet |
| 4 | Lever les mains | Lever les mains |
| 5 | La grue blanche montre ses ailes | La grue blanche déploie ses ailes |
| 6 | Brosser le genou en position croisée | Brosser le genou et pas en avant |
| 7 | Jouer du pipa | Jouer du pipa |
| 8 | Brosser le genou + pipa | Répétition similaire |
| 10 | Coup de poing en avançant | Coup de poing et déviation |
| 11 | Sceller | Sceller |
| 12 | Léopard et tigre poussent la montagne | Pousser et ancrage |
| 13 | Attraper la queue du moineau | Peng, Lü, Ji, An à nouveau |
| 14 | Coup de poing sous le coude | Frapper sous le coude |
| 15 | Repousser le singe | Repousser le singe |
| 16 | Vol en diagonale | Vol oblique |
| 17 | Grue blanche | Grue blanche (répétition) |
| 18 | Brosser le genou et plier la jambe | Idem forme Wu (Hao) |
| 19 | Aiguille au fond de la mer | Aiguille vers la mer |
| 20 | Éventail dans le dos | L’éventail se déploie depuis le dos |
| 21 | Simple fouet | Simple fouet |
| 22 | Attraper la queue du moineau | Peng, Lü, Ji, An |
| 23 | Main nuage | Mains en nuage |
| 24 | Éclaireur monté à cheval | Cavalier haut monté |
| 25 | Lever les pieds | Lever les jambes gauche/droite |
| 26–30 | Kicks et poings | Kicks et frappes similaires |
| … | … | … |
| 63 | Attraper la queue du moineau | Même nom final |
| 64 | Double coup de poing | Double frappe finale |
| 65 | Fin | Conclusion |
Résumé des correspondances :
- Environ 75–80% des noms sont présents dans les deux formes.
- Certains noms dans la forme Li sont plus imagés ou poétiques (ex. : “Léopard et tigre poussent la montagne”).
- La structure générale suit le schéma classique Peng-Lü-Ji-An → transitions → kicks → retour → fermeture.
- Wu Yuxiang semble avoir standardisé les noms avec une tendance à la précision technique.
- La forme Li conserve des éléments anciens et une poésie plus libre, ce qui pourrait refléter un stade plus archaïque ou parallèle.
